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| Récit : le naufrage de la Méduse |
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Une histoire du Banc d'Arguin : le naufrage de la Méduse.
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| Théodore GERICAULT, Le radeau de la Méduse, Musée du Louvre, Paris, 1819, 491x716cm, licence wikimedia commons. |
Longtemps le Banc d'Arguin a joué un rôle de premier plan dans les échanges économiques de l'Europe. Carrefour entre le Maghreb et l'Afrique noire, les Portugais sont les premiers à s'y être installés au moment où leur puissance navale était à son apogée. Ainsi se sont-ils installés aux alentours de 1442 sur l'île d'Arguin sur laquelle ils construiront le Fort d'Arguin.
Ce comptoir devint un des points majeurs d'échange pour la gomme arabique, peaux d'animaux, or et esclaves (cf . : Th. MONOD, L'île d'Arguin (Mauritanie), Essai Historique, Lisbonne, centro de estudios de cartografia, 1983). Cette zone devint du fait des ressources qu'il offrait, le poisson notamment, une zone d'importance première, mais c'était également un lien fort entre les comptoirs du Nord et du Sud.
C'est dans ce cadre des luttes territoriales que s'insère l'histoire du Naufrage de la frégate française la Méduse le 2 juillet 1816. En effet, à la chute de l'Empire napoléonien, les Anglais prennent possession de la colonie du Sénégal. A la Restauration, un traité de paix est signé, et le Sénégal restitué à la France. C'est pour reprendre possession de ce territoire qu'une expédition est montée en 1816.
Elle est composée comme suit :
| Navires | Commandant |
| Frégate la Méduse | M. De Chaumareys |
| Corvette l'Echo | M. Corney de Venancourt |
| Flûte la Loire | M. Giquel-Destouches |
| Brick l'Argus | M. DeParnajon |
Avant de poursuivre plus avant la narration de l'expédition il faut marquer un arrêt sur le personnage de Commandant De Chaumareys. Il est à lui seul le parangon d'une époque. En effet en 1816 commence la période dite de la Restauration marquée par le retour de la royauté incarnée par Louis XVIII ; il s'agit donc pour le nouveau régime de confirmer son statut administratif, son rayonnement politique au travers du renouvellement des cadres de l'administration et de l'armée. Chaumareys, noble et royaliste qui avait cessé de naviguer lors de la Révolution reprit donc du service non pour ses qualités de marin, mais bien avant tout par nécessité politique.
En juin 1816, l'expédition constituée de quatre navires quitte Rochefort. La frégate La Méduse fraîchement carénée distancie rapidement les autres navires de l'expédition. Aux officiers du bord qui auraient préféré une navigation de conserve comme il était coutume lorsque les conditions météorologiques le permettait, Chaumareys rétorque qu'il n'y a pas de danger. Et pourtant. Pourtant le naufrage de la frégate, par le secours qu'apporte la navigation de conserve aurait permis de sauver les hommes embarqués à bord de la Méduse.
Le 2 juillet 1816, la frégate, suite à une erreur de navigation du commandant échoue sur les hauts-fonds du Banc d'Arguin. Des manœuvres pour se déséchouer sont tentées mais sans beaucoup de conviction, à tel point que ces manœuvres à peine commencées on construit déjà un radeau de fortune destiné à accueillir les passagers trop nombreux pour les canots du bord.
L'idée est simple : mettre tous les passagers en surnombre sur le Radeau de la Méduse et tirer en remorque cette embarcation jusqu'à St-Louis du Sénégal. Cependant très vite le commandant Chaumareys qui aurait dû quitter le navire en dernier comme l'exigeait le code de la Marine aurait ordonné de couper la remorque, abandonnant ainsi ceux qui deviendront Les naufragés de la Méduse.
Le radeau de la Méduse.
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| "Plan du Radeau de la Méduse" in Alexandre CORREARD, Le naufrage de la frégate la Méduse, Paris, Corréard, 1816 |
A bord du radeau de fortune, 152 personnes disposant chacune de moins d'1m². Sur cette embarcation construite à la va-vite peu de nourriture, peu d'eau. Très vite les naufragés du fait de leur surnombre, de l'eau jusqu'à la taille, se coincent les jambes dans le caillebotis qui avec le jeu de l'océan s'est mis à travailler et leur écrase les membres.
Dans ces conditions difficiles, certains craquent, d'autres résistent. La première voit s'affronter sur le radeau des hommes luttant contre d'autres pour avoir plus de pain, plus d'eau. Une cinquantaine de personnes périront lors de cette première nuit. Les conditions de vie déjà extrêmement difficiles se dégradent encore : les naufragés pour se désaltérer se mettent à boire leur urine, la chair des cadavres est mise à sécher puis est consommée. Quand les naufragés sont retrouvés une dizaine de jours plus tard il ne reste plus que 15 survivants dont 5 mourront à peine embarqué à bord du Brick l'Argus.
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| ©Observatoire du PNBA,Itinéraires des Naufragés de la Méduse, 2009 |
L'affaire du radeau de la Méduse et sa postérité.
Parmi les survivants, deux hommes Alexandre CORREARD et Henri SAVIGNY qui feront le récit de leur aventure Le Naufrage de la frégate « La Méduse », faisant partie de l'expédition du Sénégal en 1816. L'affaire commence à créer le débat. Mais c'est lorsque Théodore Géricault s'empare de l'histoire en la peignant pour le salon du Louvre de 1819 que l'histoire fera vraiment florès. Géricault avait en effet donné à sa toile des proportions monumentales (491x716cm) uniquement accordées à l'époque aux toiles du genre le plus noble, scène mythologique, historique. Accorder à cette toile une aussi grande taille c'était lui accorder le statut historique et faire des naufragés des personnages historiques, presque mythologiques. Ainsi leur expérience était-elle retirée du cycle normal de l'existence humaine, et l'extraordinaire surgissant, c'était leur fin tragique qui en était soulignée. On pourrait presque parler pour ce tableau d'un réquisitoire ; réquisitoire contre Chaumareys (il ne sera jugé qu'en 1821), réquisitoire contre la monarchie qui conduit la France à sa perte.
Cette œuvre avait donc toutes les composantes d'un succès, et marqua tellement les mentalités que l'image du radeau de la Méduse est à présent ancrée dans notre mémoire collective. La chanson "Les copains d'abord" de Brassens est un des nombreux exemples de cette utilisation de l'imagerie de la Méduse.








